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DISPARITION

Lamin Jabi : Un cuisinier au grand cœur s'en est allé

Xavier-Paul Le Pelletier Samedi 28 Août 2021 - 16h45
Lamin Jabi : Un cuisinier au grand cœur s'en est allé
Lamin Jabi, une figure emblématique de Zéphir et Bourda qui a régalé durant treize ans le quartier au comptoir de sa pizzéria Teranga - Famille Jabi

 Emporté par la maladie le 13 août dernier, Lamin Jabi, patron de la pizzéria Teranga sur la route de Montabo à Cayenne, était une figure emblématique du quartier. Connu de tout un pan des professionnels de la restauration en Guyane, après avoir cuisiné au sein d’établissements incontournables : ce sont ses clients devenus amis qui le pleurent. Sa famille et ses proches évoquent le souvenir d’une personne à la générosité, l’hospitalité et la passion du travail sans pareil.

 Son four à bois était comme un phare dans les environs de Zéphir et Bourda à Cayenne. Pourtant c’est son grand sourire qui en illuminait le voisinage. Lamin Jabi, fondateur de la pizzéria Teranga s’en est allé ce vendredi 13 août 2021 ; laissant un grand vide dans ce quartier où son établissement offrait bien plus que d’excellentes pizzas au feu de bois.

Natif de l’Afrique de l’Ouest, Lamin Jabi -ou tout simplement Jabi ainsi que l’appelait la plupart de ses clients et amis- a eu dès sa prime jeunesse le goût du travail et de l’autonomie. Au point de ne pas hésiter pas à se vieillir dans ses déclarations de naissance afin de pouvoir être en mesure de voyager pour travailler dès ses 12 ans.

Originaire de Gambie où il est né, et du Sénégal où il a grandi, Lamin Jabi s’occupe tout d’abord de chevaux ou encore de bétail. Un temps composteur de tickets de bus dans les années 80 avant de commencer à écumer les grandes cuisines des pays de la côte nord-Atlantique de l’Afrique : il y assouvie enfin sa passion pour la gastronomie et l’hospitalité.

Outre les deux pays de ses origines maternelles gambiennes et paternelles sénégalaises, le jeune chef parcourt les contrées de la zone à mesure qu’il progresse en rang au sein des brigades de cuisine. Passant de la Mauritanie à Casablanca, il progresse grâce à son talent jusqu’à servir dans les cuisines de l’un des hommes les plus importants d’Afrique de l’époque : le richissime Omar Bongo, alors président du Gabon.

Fils d’une famille très nombreuse, Lamin Jabi transite par l’Europe, où il y retrouve des frères, le temps de prendre la direction du Brésil. Et c’est finalement par hasards qu’en Guyane il posera définitivement ses valises pour y fonder son foyer aux côtés de Murielle Thevenin : la mère de ses deux enfants Karim et Fatou.
L'amour en Guyane et l'amour de la Guyane
Des étoiles encore pleins les yeux, elle se souvient de leur rencontre : « J’étais à peine en Terminale quand nous nous sommes connus. Alors je lui ai dit que s’il m’aimait, il n’avait qu’à attendre un an que je termine le lycée ! Il a été patient et puis il m’a emmené au restaurant et au cinéma par la suite. Notre fils aîné Karim est arrivé très vite. Mais à l’époque nous ne connaissions rien aux bébés ! » se remémore-t-elle avec humour.

« À l'époque, ma famille n’était pas très favorable à notre union en raison de nos dix ans d’écart et puis surtout parce qu’à l’époque, on donnait encore beaucoup aux Africains la réputation d’avoir plusieurs femmes. Mais entre Jabi et moi, il n’y a jamais eu que nous deux. En revanche il me disait vouloir faire une équipe de foot et pour moi il n’en était pas question ! poursuit-elle toujours en riant. Nous nous sommes donc arrêtés après l’arrivée de Fatou qui a aujourd’hui 14 ans » continue Murielle.
Un incontournable des cuisines du littoral
Après avoir officié dans les brigades d’établissements qui ont fait l’histoire moderne de la restauration en Guyane tels que l’Auberge des Îles, le Carbet, le Cactus, le Mille Pâtes ou encore l’Auberge des Plages, Lamin Jabi décide il y a treize ans de devenir son propre patron en ouvrant son comptoir à l’angle de la route de Montabo et de l’allée des Cigales. Au pied du versant sud de la montagne de Bourda, à côté du libre-service L.S. Terry.

« Au début nous faisions du snack, mais Jabi a très rapidement tenu à faire ses propres pizzas au feu de bois. À l’époque, nous étions peu à le faire, se rappelle Murielle. Ce sont ces dernières années que nous nous sommes aussi mis à faire des grillades la fin de semaine, dans la pure tradition africaine. Et puis après tout, ce gros four à bois a été conçu pour pouvoir accueillir un agneau, alors nous en avons profité pour y faire des méchouis ! » poursuit Murielle à qui son mari a transmis toutes les valeurs d’accueil et d’hospitalité que constituent la tradition de la Teranga qui a donné son nom à la pizzéria.
La Teranga : plus qu'un simple nom
Désignant en Wolof le moment de partage convivial où les convives se rassemblent au sol autour d’un plat fastueux dans lequel chacun se sert directement ; la Teranga représente au-delà toute la générosité ayant fait l’état d’esprit de cet établissement, qui avec sa famille, était tout pour ce chef. « Il veillait chaque soir à garder des restes pour ceux dans le besoin, maintenant qu’il n’est plus là, certains en souffrent » constate encore Murielle.

Ryan, un jeune ayant grandi dans le quartier a pu en profiter durant son enfance : « Parfois, même quand nous étions à court d’argent de poche, il nous préparait une pizza et nous laissait revenir la payer quelques jours plus tard ». Et au-delà d’aider ceux qui pouvaient avoir des soucis financiers, Jabi offrait un bien inestimable : celui d’une oreille attentive. « Il faisait toujours preuve d’une grande sagesse et de bon conseil » résume quant à elle Carole, la maman de Ryan.

Cédric, un ancien voisin désormais reparti sur le vieux continent évoque son souvenir avec émotion : « Jabi était une personne formidable. Un commerçant qui est devenu un véritable ami. La Teranga a toujours été un endroit au comptoir duquel on avait envie de passer du temps et où l’on se sentait bien et en confiance. Quand je repense à la Guyane, j’ai toujours forcément une anecdote avec Jabi ou une pensée pour lui. »

Un autre voisin garde en mémoire l’immensité de sa bonté : « Lorsque la santé et la mobilité de mon oncle a commencé à diminuer, Jabi était l’une des rares personnes à toujours lui témoigner de l’amitié et de la sympathie. Il y a veillé au quotidien jusqu’à ce qu’il s’en aille et a même cuisiné les pizzas préférées de ma grand-mère et de mon oncle au moment des obsèques de ce dernier. C’est Murielle et sa fille qui sont venues les apporter, car il ne pouvait cependant pas concevoir de lâcher la pizzéria ne serait-ce qu’une journée. »
Le travail pour passion
Et Murielle, sa femme aurait parfois bien aimé qu’il en soit autrement : « J’ai bien essayé une fois de louer un carbet pour trois jours. Mais dès le lendemain de notre arrivée, il a commencé à dire qu’il avait besoin de retourner s’affairer à sa pizzéria… Je n'étais pas contente ! » se souvient-elle entre bonne humeur et mélancolie.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, le père de ses enfants s’est toujours tenu à la rigueur de ses valeurs de travail. Karim, son fils désormais en métropole, et à qui il a transmis une éducation rigoureuse, garde en mémoire le souvenir de cette abnégation mêlant passion pour le dépassement de soi et perfectionnement permanent de son art de la pizza. Un art dont l’Océan-Caraïbes était sa création préférée -mêlant dans une combinaison unique sur une base de crème, poissons boucanés et bananes jaunes !

« Mon père était une personne pour qui la cuisine et recevoir les gens était toute sa vie. Et, bien qu’il aurait souhaité que je prenne sa relève, il m’a toujours répété que pour travailler dans ce domaine, il fallait absolument aimer ça. Même en dehors de la pizzéria, à la maison il continuait à être aux fourneaux pour nous faire plaisir » se souvient quant à lui le jeune homme, pensant aux maffés que son père lui réservait à lui, sa mère et sa sœur.

Parti pour des soins en île-de-France, Lamin Jabi y est malheureusement décédé. Sa dépouille est en cours d’acheminement pour une inhumation en Gambie, sur ses terres natales et celle de ses ancêtres, conformément à ses dernières volontés.

La rédaction de France-Guyane adresse toutes ses condoléances à sa famille, ses proches et amis.

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2 commentaires

Vos commentaires

dny973 29.08.2021

Un bel article et un bel hommage à cet amoureux de la Guyane et de sa passion.

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jayjay5 29.08.2021
triste nouvelle

il etait un gars bien. Les gens l'appreciait beaucoup, toujours gentil, toujours bonnes pizza... que Dieu le garde.

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