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Suriname : Covid 2022, états des lieux, lassitude et fracture

Eric GERNEZ, à Paramaribo Lundi 10 Janvier 2022 - 07h49
Suriname : Covid 2022, états des lieux, lassitude et fracture

Le pays, qui subit des mesures de couvre-feu, sans interruption depuis mars 2019, est lassé. Les inégalités dans la politique de répression sont vexatoires. État des lieux de la pandémie et de la population.

 Les fêtes de fin d’année au Suriname ont été plutôt calmes, la crise économique a modéré les dépenses en feux d’artifices et autres pétards. Les célébrations étaient pourtant sur la bonne voie, jusqu’au moment où le Covid est venue, une nouvelle fois, jouer les trouble-fêtes. Le besoin de se retrouver ensemble pour une vie sociale légitime à de nouveau été frustré.
Une pandémie globalement bien gérée

La pandémie Covid a été dans son ensemble bien gérée au Suriname. 54% de la population de plus de douze ans est vaccinée. Actuellement, ni les hôpitaux, ni les soins intensifs, ne connaissent de surcharge. La seule vraie période critique aura été celle de mai-juin 2020 pendant laquelle les hôpitaux ont été au bord de la rupture. Il semble que le début de la campagne de vaccination à cette époque ait permis de sortir de la situation de crise. Les mesures coercitives, qui perdurent encore avec le couvre-feu, semblent avoir été cependant excessives avec un résultat sanitaire qui reste à démontrer, mais ont eu un réel impact négatif sur l’activité économique et le moral de la population. Depuis le début de la pandémie, le pays aura enregistré 54.000 cas et approche du chiffre de 1200 décès.
Contamination en hausse

Depuis quelques jours, les contaminations sont en hausse. Le fameux chiffre du taux de reproduction du virus est maintenant de 8,86. C’est-à-dire que 100 personnes infectées par la COVID-19 infectent en moyenne 886 autres. C’est le résultat combiné de plusieurs facteurs. Le nouveau variant, oui, mais pas seulement. Il y a aussi les touristes et les gens de l’intérieur qui sont venus en ville pour les fêtes qui participent à augmenter la densité urbaine. Si la mesure des contaminations montre une augmentation importante, on n’observe pas, à ce jour, d’augmentation notoire d’hospitalisation. On peut espérer que, comme pour la dernière crise d’octobre, le pic épidémique ne produise pas d’effet de saturation hospitalière.
De l’oxygène pour l’économie

La reprise d’activité du secteur de l’hôtellerie-restauration-casinos amorcée en septembre nécessite d’être confirmée. L’assouplissement des horaires de couvre-feu à 23h avait donné une bouffée d’air à leur activité. On ne peut que regretter que l’idée avancée, un moment de contrôler les vaccinations, n’ai pas été suivi d’effets. Le secteur du commerce, quant à lui, est convalescent.

La fréquentation n’est pas optimale, et, conséquence de la baisse du pouvoir d’achat, les stocks et la trésorerie des magasins sont très bas. L’économie à besoin d’un cap ferme pour se tourner vers l’avenir.
Le mauvais coup de fin d’année

À la surprise générale, le 30 décembre le gouvernement annonçait le retour du couvre-feu à 21h avec fermeture des terrasses à 20 heures. Coup très dur, au moment des plus belles opportunités de chiffre d’affaires. L’annonce fût accueillie avec lassitude et incompréhension.

Lassitude d’avoir à courber l’échine face à des mesures non-concertés et un sentiment de navigation à vue. Incompréhension, alors que partout aux quatre coins de la ville, se déroulaient des célébrations de Nouvel An, beaucoup moins sous contrôle que la fréquentation des restaurants.
Des fêtes qui sentent bon le favoritisme

Si la société, dans son ensemble, respecte les mesures barrières et les couvre-feux, il y a des fêtes sauvages. Les autorités ne sont pas en mesure de tout contrôler, surtout lorsqu’elles sont spontanées et se déroulent en catimini. D’autres événements, par contre, relèvent de l’irresponsabilité, et suscitent la réprobation.

C’est le cas d’une méga-partie organisée à Moengo qui était annoncée par voie d’affiches et sur les réseaux sociaux. Plus de deux mille personnes réunis jusqu’à l’aube et aucune force de police n’est venue l’interrompre. Parmi d’autres exemples, un des grands hôtels de la place a organisé une grande soirée avec animation d’une bande venue de Trinidad.
Fracture sociétale

Cette inégalité de traitement provoque des réactions dans la société. L’argument circule maintenant beaucoup après l’horaire de couvre-feu : « Pourquoi je vais le respecter si d’autres font ce qu’ils veulent ? ».

Des voix de ministres et de responsables politiques dénoncent une situation qui provoque des fissures dans la coalition au pouvoir. Tout le monde craint maintenant un nouveau durcissement des mesures en réponse aux conséquences possibles de contaminations ayant pour origine ces rassemblements. Leur application deviendrait un vrai challenge pour une autorité gouvernementale prise en défaut.
Et maintenant ?

Il ne fait aucun doute, au vu de l’explosion des contaminations et de la situation des pays voisins, que le variant Omicron est bien là. Misons sur le fait que sa dangerosité est limitée et que les cas d’hospitalisations ne verront pas une augmentation en proportion de la transmission. Le constat qui s’établit est que la population est à bout, le besoin de retrouver une vie sociale est très fort. Il sera difficile de prétendre gérer à nouveau la pandémie avec le seul outil de la coercition. Pour le moment, les frontières restent ouvertes et les vols sont maintenus. Les premiers mois d’activités économiques sont maintenant très dépendants de cette évolution.
 
Une fête annoncée, se déroule en dépit des interdictions


 Joël 'Bordo' Martinus, un proche du parti Abop, du vice-président, a organisé une grande fête dimanche 02 janvier, à Moengo, où au moins 2 000 personnes étaient présentes. La fête a duré jusqu’au matin. La police n’a pas agi.

Les ministres Kuldipsingh et Mathura (travail et défense) parlent violation délibérée et flagrante des règles légales et s’expriment ainsi : « Même si l’organisation est entre les mains de personnes liées aux partis de la coalition qui forment le gouvernement. Cela n’aurait jamais dû être organisé ».
 


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