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SANTE

Anamasplose : Une nouvelle maladie transmise par les tiques découverte chez un orpailleur illégal

Avec la lettre pro de l'ARS Mardi 9 Août 2022 - 13h47
Anamasplose : Une nouvelle maladie transmise par les tiques découverte chez un orpailleur illégal
Une nouvelle bactérie transmise par les tiques a été décelée en Guyane. - Shutterstock

 Des chercheurs de l'hopital de Cayenne et du CNRS de Montpellier décrivent une nouvelle maladie transmise par les tiques : l'anaplasmose de Sparouine. Elle a été découverte en marge du projet Malakit chez un orpailleur clandestin qui avait subi une ablation de la rate. Il a dû être hospitalisé plusieurs semaines en raison de fièvre, douleurs musculaires, céphalées, saignements du nez et anémie sévère… 

 La bactérie était inconnue jusque-là. Baptisée Anaplasma sparouinense a été découverte dans les globules d'un orpailleur clandestin malade. Ce dernier a du etre hospitalisé plusieurs semaines à Cayenne. 

Dans un article publié dans la revue Emerging Infectious Diseases ce mois-ci, et résumé par le Centre national de recherche scientifique (CNRS), les équipes de l’hôpital de Cayenne et du CNRS de Montpellier font part de leur découverte.

Comment les Anaplasma ont été repérées
Tout commence avec Malakit. Ce projet de recherche visait à déterminer l’efficacité de la distribution de kits d’autodiagnostic et d’autotraitement à des orpailleurs illégaux. « Quand nous faisons nos études, qui portent principalement sur le paludisme, nous en profitons pour regarder l’état de santé général des personnes. Il y a un intérêt individuel pour la personne et un intérêt de santé publique », rappelle le Dr Maylis Douine (CHC). Dès la première étude Orpal, en 2015, les chercheurs étudient sur les infections sexuellement transmissibles des orpailleurs clandestins. Lors de l’évaluation Orpal 2, en 2019, ils ajoutent les zoonoses : fièvre Q, lèpre, leptospirose…

Le CNRS de Montpellier, qui travaille sur les maladies transmises par les tiques, les contacte. Il souhaite étudier les échantillons prélevés sur les orpailleurs clandestins. Il récupère l’ADN de bactéries, l’amplifie par PCR et le compare aux bases de données du monde entier. C’est là qu’il tombe sur une anaplasma jamais décrite. Nous sommes il y a un an. Alertés, les chercheurs de l’hôpital de Cayenne et de l’Institut Pasteur de Guyane où une partie des échantillons étaient stockés reprennent les prélèvements du patient et les étudient au microscope pour tenter de repérer les anaplasma, qui pénètrent les globules rouges. « Effectivement, on a visualisé ces bactéries dans les globules rouges », se souvient le Dr Douine.

La bactérie est alors baptisée Anaplasma sparouinense, du nom de la crique Sparouine où le patient déclarait chercher de l’or. « Ce nouvel agent pathogène appartient au genre bactérien Anaplasma, dont la bactérie la plus connue est Anaplasma phagocytophilum, responsable de l’anaplasmose granulocytaire humaine, rappelle le CNRS. Cette zoonose émergente est responsable chaque année de plusieurs centaines de cas, parfois mortels. Les études génétiques ont révélé que Anaplasma sparouinense est un nouvel agent infectieux, différent de toutes les espèces connues d’Anaplasma. »

L’Anaplasma sparouinense repérée à dix-huit mois d’intervalle chez le patient
Les chercheurs de l’hôpital de Cayenne essaient alors de savoir ce qu’était devenu l’orpailleur clandestin. Au moment du prélèvement, en 2019, il ne présentait pas de symptômes. Mais le Dr Douine et ses collègues découvrent qu’en avril 2021, dix-huit mois après les prélèvements effectués sur une base arrière de l’orpaillage clandestin et environ trois mois avant la découverte de l’anaplasma dans les échantillons, il a été hospitalisé à l’Umit par l’équipe du CDPS de Grand Santi (unité des maladies infectieuses et tropicales, CHC) en raison de fièvre, douleurs musculaires, céphalées, saignements de nez et anémie sévère. La batterie d’examens réalisée ne révèle pas l’origine de ses symptômes. Il reçoit un traitement antibiotique pendant trois semaines et se remet sur pied.

Son dossier médical rappelle qu’il a subi une splénectomie (ablation chirurgicale de la rate). La rate n’étant plus là pour assurer ses différents rôles immunitaires, le risque est en effet augmenté pour certaines infections. Son dossier médical permet également de retrouver son contact. Au téléphone, il indique être retourné vivre chez lui, au Brésil. Il autorise également l’hôpital de Cayenne à poursuivre ses recherches sur son cas. L’Anaplasma est notamment retrouvée sur les échantillons prélevés lors de son séjour à l’hôpital. Le patient en a donc été porteur pendant au moins dix-huit mois.

De son côté, le CNRS souligne qu’il « existe en réalité tout un groupe sud-américain d’Anaplasma émergents, dont Anaplasma sparouinense est le premier membre décrit comme infectieux pour l’humain. La vie sur le site d’orpaillage, en contact direct avec la faune sauvage, fut sans doute un facteur déterminant pour le passage de l’agent infectieux vers l’humain. Il est encore trop tôt pour affirmer l’importance qu’aura l’anaplasmose de Sparouine dans le futur, et quel risque sanitaire la maladie pourrait alors présenter pour les populations sud-américaines. Sa simple existence nous rappelle toutefois que notre connaissance de la diversité des agents pathogènes circulant dans les zones naturelles reculées reste encore très partielle. L’expansion des activités humaines dans ces régions conduira inévitablement les populations à s’exposer au risque d’émergence de zoonoses similaires. »

Pas de Maladie de Lyme en Guyane
 
 
Souvent, quand quelqu’un arrive de l’Hexagone en Guyane, il s’entend dire qu’il n’y a « pas de problèmes avec les tiques de Guyane, car elles ne transmettent pas la maladie de Lyme ». Ce que confirme le Dr Maylis Douine (CHC) : « Le CNRS de Montpellier a cherché la maladie de Lyme dans des milliers de tiques de Guyane et ne l’a jamais trouvée. Elle n’a jamais non plus été diagnostiquée par un clinicien. » Le Pr Loïc Epelboin (CHC) abonde : « Certaines personnes sont persuadées d’avoir attrapé la maladie de Lyme en Guyane, mais on n’est pas sûrs qu’elles l’aient réellement eue et, pour celles qui l’ont eue, on n’est pas sûr qu’elles l’aient attrapé en Guyane. »

La découverte d’un cas d’anaplasmose vraisemblablement transmise par une tique ne doit pas non plus inquiéter : « Ce cas unique est apparu dans un contexte particulier, avec un patient n’ayant plus de rate et donc sans doute plus exposé. Il ne faut pas stresser avec les tiques. »

L’an dernier, le Pr Epelboin était revenu sur onze cas d’alpha-gal – une allergie à la viande qui pourrait être provoquée par une morsure de tiques. Il tempérait toutefois : « Nos résultats ne permettent pas clairement d’affirmer que les morsures de tiques sont la cause de cette allergie, mais tous les patients ont déclaré être régulièrement exposés à ces arthropodes. » Pour lui, le principal problème posé par les tiques pour la population, c’est « le désagrément provoqué par leurs morsures ».
 
Vu et repris sur la Lettre Pro de L'ARS du 9 aout 2022.
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2 commentaires

Vos commentaires

Harold 10.08.2022

Chouette l’orpaillage illégal qui permet des recherches médicales et des soins !

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jayjay5 10.08.2022
payer par qui?

orpailleur illegal, malade, loger au "frais de la princesse" a CHC, il devait etre bien content! il va revenir bien sur!

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