• Partager cet article sur Facebook
  • Partager cet article sur Twitter
  • Partager cet article sur LinkedIn
  • S'abonner aux flux RSS de France-Antilles.fr
POLITIQUE

Emmanuel Macron rempile pour un deuxième mandat : les premières réactions en Guyane

Propos recueillis par Jade Letard-Methon et Samuel Reffé Dimanche 24 Avril 2022 - 16h58
Emmanuel Macron rempile pour un deuxième mandat : les premières réactions en Guyane
Les premières réactions du monde politique en Guyane suite à la réélection d'Emmanuel Macron. - Ludovic MARIN (AFP)

Opposé comme en 2017 à Marine Le Pen, le président-candidat Emmanuel Macron a été réélu ce dimanche 24 avril avec 58,2% des suffrages selon les premières estimations. En Guyane, le Rassemblement National a fait un "raz-de-marée". Retrouvez ci-dessous les premières réactions des acteurs de cette campagne, mais aussi des élus locaux.

• Georges Patient : « Dans le programme de Marine Le Pen il y a trop de choses négatives qui relèvent presque du négationnisme. »
Le sénateur LREM, vice-président du Sénat, était également correspondant opérationnel de la campagne d'Emmanuel Macron. 



" C’est une très belle victoire, je tiens à la souligner et à le dire. C’est une très belle victoire compte tenu des contingences qui entouraient cette élection, notamment la pandémie, la guerre en Ukraine et la gestion de la présidence de l’Union Européenne. Autant d’éléments qui ont pu contrarier la campagne d’Emmanuel Macron qui n’a pas pu la mener comme les autres candidats. C’est une satisfaction de voir que la grande majorité des Français le reconduit.

C’est la première fois qu’un président se fait réélire depuis Chirac. Tous les candidats qui s’étaient présentés une seconde fois ont été éconduits. Ce fut le cas de Nicolas Sarkozy ou encore de François Hollande. Emmanuel Macron l’emporte avec un beau score dans un contexte très difficile qui ne lui a pas permis de bénéficier du sursaut de ce fameux front républicain qui existait depuis très longtemps. Marine Le Pen a été aidée par Zemmour qui l’a dédiabolisée, renvoyant une image d’elle plus acceptable pour une majorité de Français. A un certain moment on a pu penser qu’elle pouvait l’emporter. Il n’empêche qu’Emmanuel Macron a fini par être élu.

Le plébiscite de Marine Le Pen en Guyane est-il un vote « sanction » ?

Le fait qu’on se déplace, qu’on aille dans la mairie, dans un bureau de vote, qu’on prenne le bulletin Marine Le Pen et qu’on le mette dans l’urne, pour moi c’est un vote d’approbation au programme de Marine Le Pen. Maintenant, il faut qu’on regarde le programme de Marine Le Pen. Il y avait beaucoup de choses que je pouvais accepter dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Mais dans le programme de Marine Le Pen il y a trop de choses négatives, qui relèvent presque du négationnisme. C’est comme si nous nous critiquions nous-mêmes et il m’est difficile de comprendre cette partie des électeurs. […] Comment peut-on voter au premier tour Jean-Luc Mélenchon pour ensuite voter Marine Le Pen ? C’est pour ça que je parle de négationnisme."

• Jérome Harbourg salue la progression de son parti et annonce sa candidature aux élections législatives

Jérôme Harbourg, représentant territorial du Rassemblement National. - D.R.


" Nous sommes contents, c’est une première victoire pour nous en Outre-mer. Le rassemblement national est le premier parti chez nous en Guyane. Nous ne sommes même plus dans l’opposition, nous sommes une force vive du territoire. On a quand même gagné six points de plus par rapport à 2017. On va présenter des candidats en Guyane et je peux vous dire que je suis désormais candidat aux élections législatives dans la première circonscription. J’ai été investi au mois de Janvier de cette année mais on a dû travailler sur l’élection présidentielle.

Maintenant on va travailler sur la seconde étape, un projet. Aujourd’hui les Guyanais se sont réveillés, ils se sont mis debout face à un gouvernement qui les a méprisés. Aujourd’hui les Guyanais sont pour le développement de leur territoire sur l’aspect économique, mais aussi pour le développement des infrastructures. Marine Le Pen est la seule candidate à avoir proposé un projet spécifique pour l’ensemble de la Guyane. Les Guyanais nous ont fait confiance et continueront à le faire. Nous avons eu jusqu’en 2017 un vote de conviction. Aujourd’hui c’est un choix qui a été fait pour changer le système."
•  Sandra Trochimara, maire de Cayenne

Sandra Trochimara, maire de Cayenne. - D.R.

"Je dirais qu’en Guyane – mais aussi dans les Outremers – les résultats traduisent une contestation qui indique que les Guyanais avaient quelque chose à dire. Est-ce exclusivement un vote de contestation par rapport à monsieur Macron ? Où est-ce des territoires qui expliquent à travers ce vote des réalités qui ne seraient pas prises en compte de manière assez forte, assez massive par le gouvernement actuel ?

C’est en échangeant avec une frange de la population qui s’est exprimée sur le vote Le Pen ou le vote Macron, que ça pourra éclairer ce qu’il s’est passé. Monsieur Macron, le président réélu, ne peut pas ne pas prendre en compte ces résultats dans les départements d’Outre-Mer, qui ont largement placé madame Le Pen gagnante. Il faut en tirer les leçons.

Enfin, la plus grande gagnante reste l’abstention car elle est massive : on est à près de 61 % d’abstention à Cayenne. Comment expliquer ce désaveu d’une frange très importante de la population sur ces élections et sur le fait politique d’une manière générale ?"
• François Ringuet, maire de Kourou et président de l'association des maires de Guyane (AMG)

François Ringuet sur le Champ de Mars ce dimanche 24 avril. - D.R.

"Ce que je retiens, c’est la victoire d’Emmanuel Macron. On sait très bien qu’il y avait un vote de contestation depuis les résultats de Mélenchon. Chaque personne a fait son choix et je ne sais pas s’ils ont eu raison ou tort. Pour moi, il était hors de question de voter Marine Le Pen, jamais. J’ai du mal à comprendre mais c’est leur choix : c’est la vie qui est comme ça.

Je suis très content de la victoire d’Emmanuel Macron car j’ai été le premier a lui donner mon parrainage en Guyane. Je suis à Paris en ce moment, on attend l’arrivée du Président. Je suis à côté d’Edouard Philippe et de Dominque Bertène et on est très contents du résultat. Le travail continue pour nous.

L’abstention est là : il y a tellement de fake news et de fausses informations tous les jours que les gens ne croient plus en la politique."

• Line Létard, candidate aux élections législatives dans la 1ère circonscritpion

Line Létard, candidate aux élections législatives. - D.R.

"Les Français ont largement réélu Emmanuel Macron au second tour des élections présidentielles sur le plan national. Sur le plan local, c’est assurément un vote sanction au premier tour et encore davantage au second tour tant il est vrai que la politique menée par son gouvernement a largement déçu. Il faut donc maintenant se concentrer sur le troisième tour, les élections législatives et faire gagner un parlementaire guyanais qui sera en mesure d’orienter les politiques publiques en faveur de la population guyanaise."

• Rudy Stephenson, candidat aux élections législatives dans la 1ère circonscription

Rudy Stephenson, candidat aux élections législatives - D.R.

"L'urgence est bien de changer la relation entre la Guyane et la France. De nouveau, le président est élu par des alliances contre nature qui attestent la crise démocratique française. En sanctionnant le bilan d'Emmanuel Macron sur les deux tours, la Guyane a su exprimer sa maturité et sa clairvoyance.

Député, je ne serai pas dans un groupe issu de jeux de pouvoirs malsains menés par des forces politiques décrédibilisées pour longtemps Aussi, je me battrai jusqu'au bout par les seuls intérêts exprimés par la Guyane."

• Christophe Yanuwana Pierre, candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription

Christphe Pierre, candidat aux élections législatives dans la deuxième circonscription. - D.R.

"C’est un résultat qui, quelle qu’en soit l’issue, n’aurait pas été bon pour la Guyane et pour la France d’une manière générale. L’objectif, c’est de tout miser sur le 3e tour, à savoir les élections législatives.

Il y a un message qui est clair de la part des Outremers : c’est la non-adhésion à la politique de Macron. Particulièrement en Guyane où Marine Le Pen arrive en tête pour ce second tour mais il ne faut pas oublier que c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé premier lors de ce premier tour. Je n’estime donc pas que ce vote pour Marine Le Pen était une adhésion à sa pensée xénophobe et raciste mais un signal extrême de non-adhésion pour 5 ans de plus avec Emmanuel Macron.

J'espère bien que les Guyanais dans leur ensemble vont marquer leur démarche de non-adhésion aux candidats soutenus par la République en Marche et par Emmanuel Macron.

L’abstention massive, on en parle régulièrement mais c’est à chaque élection qu’il y en a. C’est compréhensible, encore plus car sur ce second tour, on avait le choix entre la peste et le choléra. Je pense que s’il y avait Jean-Luc Mélenchon au second tour, il y aurait eu une vague et on aurait pu faire trembler l’abstention mais là, au vu du duel, ce n’était pas évident. Je pense même qu’il y a un certain nombre d’électeurs qui sont allés au bureau en traînant des pieds. Il n’y avait aucun espoir quel que soit le résultat."

• Joëlle Prévot-Madère, candidate aux élections législatives et présidente de la CPME Guyane

Joëlle Prévot-Madère, candidate aux élections législatives et présidente de la CPME. - D.R.

"Le peuple français, divisé et meurtri, s'est clairement exprimé dans les urnes, et Emmanuel Macron vient d'être élu President de la République.

En tant que candidate aux prochaines élections législatives et observatrice de notre société, les résultats obtenus en Guyane méritent une analyse différenciée.

En effet, les électeurs de la Guyane, mes compatriotes, ont d’abord choisi Jean-Luc Mélenchon au premier tour, puis Marine Le Pen au second tour.

Malgré un taux de participation en baisse par rapport aux dernières présidentielles, le petit sursaut constaté en ce deuxième tour confirme un abstentionnisme structurel.

Mais l'abstention n'est pas un signe de dépolitisation. Cette tendance à la désaffection confirme bien l'écart qui se creuse inexorablement sans pour autant conduire au renoncement. Ce phénomène qui traduit un profond malaise qu'on n'effacera pas d'un coup de baguette magique, est pourtant bien synonyme de perte ou de diminution de légitimité pour ceux qui sont élus.

Cette crise de confiance renforce donc la nécessité de mener une véritable campagne d'information afin de tenter d'inverser cette fâcheuse tendance avant les prochaines législatives. Car, force est de constater qu'aujourd'hui, en dehors de l'appareil électoral, le peuple s'exprime surtout dans la rue, les mouvements et réseaux sociaux. Notre système électoral fonctionne sur un modèle inadapté pour la représentation démocratique.

Malgré sa victoire, le Président sortant, Emmanuel Macron, devra tenir compte de l'ampleur du score réalisé par Marine Le Pen pour tirer les enseignements catégoriques quant à l'insatisfaction populaire qui s'est exprimée dans l'isoloir mais aussi tout au long de son mandat, dans les rues comme dans les lieux publics de France et des outre-mer.

Comme je l'ai toujours affirmé, je ne ferai allégeance à aucun groupe politique. Les intérêts de la population guyanaise et de son territoire restent ma priorité.

Ce rejet majoritaire de la fréquentation des urnes en Guyane comme en France hexagonale, constitue une menace certaine qui pèse sur le bon fonctionnement de notre démocratie qui se veut participative.

Je vous appelle ainsi à voter et faire voter aux prochaines Législatives pour affirmer votre positionnement et surtout exprimer votre volonté de changement à l'échelle de nos pays. La territorialisation des idées est importante. Et elle s’obtiendra grâce à votre forte participation, lors du vote.

Il m’importe en effet, si vous l’avez décidé ainsi, d’être élue, bien élue, c’est-à-dire avec le maximum de voix, de suffrages, s’exprimant en mon nom, pour mieux faire entendre VOTRE VOIX, CELLE de la GUYANE."

• Thibault Lechat-Vega, porte-parole de la majorité à la CTG

Thibaut Lechat-Vega (à droite), porte-parole de la majorité à la CTG. - D.R.

"Ce qui est sûr, c’est que les Guyanais ont envoyé un message très clair à Emmanuel Macron : qu’ils sanctionnaient sa politique. Le score de Marine Le Pen, qui est un score inédit pour l’extrême droite, doit nous interpeller et doit nous appeler à réfléchir à comment nous positionner vis-à-vis du nouveau président de la République, Emmanuel Macron. Dès les prochains jours, il faudra échanger avec lui parce que, clairement, quand on a un tel vote sanction, on ne peut pas, en toute responsabilité, passer outre. C'est pour ça, qu’il faudra avoir, demain, des représentants à l’Assemblée nationale, qui sauront rappeler au Président que les Guyanais ont lourdement sanctionné les 5 dernières années de politique. Notamment, toutes les politiques anti-Outremer qui ont été mises en place par ses gouvernements successifs.

Concernant l'abstention, c’est la manifestation du fait qu’une grande partie de la population se sent abandonnée des politiques de l’Etat en Guyane. En juin 2017, on signe un accord de fin de conflit qui prévoit de faire un hôpital à Maripasoula et le président arrive en octobre 2017, c’est-à-dire quatre mois après, et annonce qu’il n’est pas le Père Noël et qu’il ne fera pas l’hôpital à Maripasoula : il ne faut pas s’étonner que, derrière, les gens se disent qu’ils comptent pour du beurre et que leur vote ne sert à rien. Quand vous avez une expression populaire qui est affirmée, comme c’est le cas pour l’évolution statutaire, et vous avez le candidat Emmanuel Macron qui vous dit dans la presse, entre les deux tours, que c’est celui qui paye qui décide ; alors que, dans les accords de Guyane, il est marqué qu’on va ouvrir le débat sur l’évolution statutaire et que le congrès de élus de Guyane a adopté à l’unanimité le fait d’ouvrir le chantier de l’évolution statutaire : ça donne l’impression que, finalement, la voix du citoyen guyanais, elle ne compte pas. On ne peut pas s’étonner derrière qu’il y ait une majorité de personnes qui décide, derrière, de ne même pas se déplacer devant les urnes. Il n’y a pas de surprise.

Si je venais à être élu à l’Assemblée nationale, je compte m’installer dans une relation d’opposition constructive avec Emmanuel Macron. D’opposition, à sa politique anti-sociale puisqu’il l’a annoncé dans son programme, qu’il allait notamment réformer les retraites et mettre la retraite à 65 ans. Ce sont des mesures auxquelles je m’opposerai avec vigueur mais dans une relation de construction et pas une relation de destruction.

Dès l’élection des députés, il faudra ouvrir le chantier du plan additionnel prévu dans les Accords de Guyane du 21 avril 2017 et notamment faire en sorte que les mesures qui étaient inscrites à ce plan additionnel et dont l’Etat a dit qu’elles sont déjà fléchées vers la Guyane sont contractualisées dans le prochain contrat de performance et de transformation. Pour cela, il faudra être dans une relation de construction avec le gouvernement mais aussi une relation d’opposition afin de lui rappeler qu’il n’a pas d’autre choix que de négocier quand on voit comment il a été lourdement sanctionné ici en Guyane."

• Lenaïck Adam, député de la 2e circonscription de Guyane 

Lénaïck Adam, député de la 2e criconscription. - D.R.

"Les résultats dans les outre-mer doivent alerter l’Hexagone de nos préoccupations qui doivent être mieux traitées. L’obligation vaccinale des soignants a une grande partie dans l’explication de ces résultats. Le nouveau gouvernement doit se mettre dans une dynamique très politique et se rapprocher des élus des territoires. Je suis satisfait de la réélection du Président de la République, le nouveau gouvernement devra être réellement contrôlé par le Parlement et non l’inverse. Je souhaite que le Président de la République parle rapidement aux territoires ultramarins."




Pour transmettre un commentaire, merci de vous identifier (ou de vous inscrire en 2min)

Mot de passe oublié?
Inscription express
6 commentaires

Vos commentaires

Neuf 7 Trois 26.04.2022

Vos analyses de comptoir tout le monde s'en fout !!! ...

Répondre Signaler au modérateur
Mahury 25.04.2022

Triomphe du parti du racisme et de l'exclusion de l'Autre.
Un mauvais épisode pour la Guyane

Répondre Signaler au modérateur
Miroslav 25.04.2022
Défaite Poutine.

"Si Le Pen avait gagné, cela aurait constitué la victoire la plus éclatante pour Poutine, sans effusion de sang" Der Spiegel.

Répondre Signaler au modérateur
jeje973 25.04.2022

Le représentant du RN se voit déjà au Palais Bourbon. lol

Répondre Signaler au modérateur
bozo 25.04.2022
Les guyanais sont donc contre le changement statutaire ?

Les votants ont penché pour le Pen qui est ouvertement contre le changement statutaire.
Les abstentionnistes n'ont pas voté pour macron qui est ouvertement d'accord avec le changement statutaire.
Les guyanais sont donc contre le changement statutaire, c'est une évidence.

Répondre Signaler au modérateur
BELLOD 25.04.2022

Comme l’exprime Christophe Pierre: « Je n’estime donc pas que ce vote pour Marine Le Pen était une adhésion à sa pensée xénophobe et raciste mais un signal extrême de non-adhésion pour 5 ans de plus avec Emmanuel Macron ». En plus de l’abstention énorme, le « vote sanction » a effectivement dû peser lourd… Par contre se servir d’un vote en faveur de l’extrême-droite, juste après avoir plébiscité l’extrême-gauche au premier tour, juste pour exprimer sa colère…Difficile de ne pas relever une certaine perte de valeurs. En Métropole la colère et les divisions sont aussi énormes, mais visiblement le « front républicain » historique fonctionne encore, y compris dans le camp de l’extrême-gauche très remontée contre Macron. Mais plus aucun « cordon sanitaire » en outremer… Une prise de distance indéniable avec le reste de la république, en dépit du plébiscite passé pour l’article 73. Et malheureusement l’impression donnée, d’une certaine forme d’irresponsabilité politique, se dégageant aussi de cette stratégie du chaos… Espérons que l’on nous prennent plus pour des fâchés que des fachos depuis la métropole, mais l’on risque aussi de nous associer un peu à une bande d’insouciants versatiles (plébiscite Mélenchon, puis plébiscite Le Pen) un brin hystériques.

Répondre Signaler au modérateur
Sur le même thème
6 commentaires
1 commentaire
12 commentaires
17 commentaires
A la une