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SANTÉ

Création d'un CHU : Serville et de Bort établissent leur plan de route

Xavier-Paul LE PELLETIER Mercredi 4 Août 2021 - 14h25
Création d'un CHU : Serville et de Bort établissent leur plan de route
Gabriel Serville et Clara de Bort - XPLP

C’est LE dossier le plus représentatif des espoirs fondés sur l’évolution de la société guyanaise : celui de son étoffement d’offre de Santé. Notre territoire étant l'un des seuls avec Mayotte à ne pas disposer de CHU (centre hospitalier universitaire). Un écueil que l’État, ainsi que la CTG, espèrent avoir comblé d’ici 2025. Gabriel Serville, président de la CTG, et Clara de Bort, directrice générale de l’ARS, se sont rencontrés ce mercredi matin pour établir leur plan de route.

 L’avenir de la Santé des Guyanais est porté par un symbole à plusieurs centaines de millions d’euros : celui de la création d’un CHRU (centre hospitalier régional universitaire), d’ici à l’horizon 2025. Un dossier qui n’a eu de cesse d’être débattu depuis des décénnies et qui a su se concrétiser dans la ferveur de 2017. L’un des rares aspects positifs que l’on retiendra du Covid demeure la prise de conscience par les pouvoirs publics de la dimension de l’urgence sanitaire, particulièrement en Guyane.

Ainsi, depuis sa prise de fonction, Clara de Bort, directrice de l’ARS, a œuvré avec l’équipe territoriale précédente à ce que ce dossier puisse enfin avoir un calendrier concret auquel se tenir. Alors qu'elle se fait rare dans les médias ces dernières semaines, sa rencontre avec Gabriel Serville, était donc l’occasion pour ARS et CTG de synchroniser leurs horloges. Tout devrait être en place d’ici quatre ans, afin que la Guyane puisse enfin se targuer d’une véritable dimension universitaire en matière médicale. Avec les impacts positifs qu’elle comporte en termes d’offre de soins, de formation et d’attractivité pour nos soignants.

Afin d’obtenir ce graal, des critères minimaux devront être remplis d’ici là, nous confirme Clara de Bort : « Il nous faut pouvoir correspondre à l’offre de soins nécessaires aux Guyanais. C’est un décret du président de la République qui le reconnaitra. » Au-delà de la cette qualification en CHRU, c’est l’ensemble de la logistique de la Santé en Guyane qui va être amenée à évoluer.

Pouvant s’étaler sur différents sites plus ou moins éloignés selon leurs envergures, les CHU sont rattachés traditionnellement au nom d’une grande ville, généralement une préfecture. Mais pour nous, grande première, nous bénéficierons d’un CHRU « Guyane », comme si le rayonnement de Cayenne était insuffisant… Ou plutôt que l’immensité de notre région ne pouvait se contenter d’être résumée au seul nom de son chef-lieu.
2022 : Vers des hôpitaux de proximité pour les communes éloignées
Ainsi, la Guyane sera donc le premier territoire de France à disposer d’un CHRU fonctionnant grâce à la conjonction de trois structures hospitalières : Cayenne (CHC), Kourou (CHK) et Saint-Laurent du Maroni (CHOG).

À ces trois hôpitaux viendra s’ajouter une quatrième entité et non des moindres, car délocalisée en pas moins de trois sites éloignés jusqu’à 250 km de distance : celle des hôpitaux de proximité de Grand-Santi, Maripasoula et Saint-Georges de l’Oyapock.

Les fameux CDPS (centres délocalisés de prévention et de santé) actuels de ces communes devront d'ici là avoir amorcé leur transition en structure hospitalière de proximité digne de ce nom. Et ce, dès 2022. « L’idée n’est pas de pouvoir y accueillir des opérations à cœur ouvert, mais bien de maximiser les possibilités de ne pas à avoir à se rendre sur le littoral pour des soins courants » précise la directrice de l’ARS, évoquant notamment la possibilité de pouvoir bénéficier d’une imagerie médicale sur place. Un équipement en capacité de radiologie qui passe à la fois par des moyens matériels en termes de machines très couteuses. De logistique, avec la possibilité d’accéder à un support direct concernant l’informatique et le numérique. Et inévitablement en termes de moyens humains.

Des moyens humains qui devraient aussi se traduire par les arrivées toujours plus nombreuses de chercheurs en résidence sur ces sites grâce à la mise en place du futur centre de recherche sur les maladies tropicales. Nos communes éloignées offrant un terrain d’études formidable, non seulement grâce à leur diversité  et à l'adaptation des soins à leur contexte unique. « Il n’y a rien de mieux que la médecine holistique, estime le président de la CTG à ce propos. Avec les hôpitaux de proximité, c’est l’humain que nous allons suivre dans son ensemble, au sein de son environnement direct ».
Une offre de soin de pair avec celle de formation
« Nous avons de réelles difficultés à recruter des manipulateurs radio » concède la directrice régionale de la Santé en Guyane.

Comme pour d’autres filières, au niveau d’étude encore plus poussé, ce corps de métier semble n’être que trop peu attiré par la Guyane dont on ne saurait nier l’image galvaudée.

La réponse la plus évidente serait donc de recruter localement, à condition pour nos jeunes de pouvoir aussi être formés sur notre territoire, afin de garantir un maximum de demandes et un minimum de déperdition géographique des nouveaux diplômés.

Ainsi, la Guyane pourra compter d’ici les prochaines années sur des formations diplômantes concernant ces fameux futurs manipulateurs radio, mais aussi pour les masseurs-kinésithérapeutes, les psychomotriciens, les ambulanciers, ou encore les préparateurs en pharmacie hospitalière dont la première promotion sera constituée dès ce début septembre.

Inévitablement, c’est l’offre concernant les études de médecine qui doit absolument être renforcée. Il est ainsi prévu dans cette universitarisation de nos hôpitaux que les étudiants guyanais puissent à terme suivre l’ensemble de leur premier cycle en Guyane contre une simple première année actuellement. La question de l’attractivité se pose là encore à nouveau, quand on sait combien le niveau d’exigence d’un professeur de médecine va bien au-delà de celui des soignants « non-cadres », en termes de moyens logistiques, d’infrastructures, d’avantages, de logement, et bien entendu de prétentions salariales.

Un dernier point que le nouveau président de la CTG estime comme déjà réglé, ainsi qu’il avait été décidé par les équipes de Rodolphe Alexandre : « La CTG a voté récemment une convention qui va lui permettre de financer la formation de chefs de cliniques dont nous aurons besoin aux côtés des PUPH (professeur d’Université – praticiens hospitaliers, ndlr) que nous rémunérerons à hauteur d’environ 150 000 euros par an, pendant trois ans. Nous sommes dans une dynamique de partage des coûts et non de main tendue. L’État fera sa contribution, la CTG apportera la sienne. » Un budget qui devrait donc permettre d’attirer un certain nombre d’huiles, qui avec un salaire mensuel à plus de 10 000 euros, devraient savoir maintenir leur niveau de vie.
Continuer de développer au-delà de la Santé
Malgré des rémunérations à hauteur de leurs compétences, le dernier frein à l’attractivité reste et demeure la distance. Car, si cette dernière est tout à fait palpable entre deux aéroports internationaux, elle devient tout de suite très abstraite pour des potentiels soignants qui envisageraient de s’installer en Guyane. Difficile pour ces derniers de pouvoir prendre la pleine mesure de la réalité de l’enclavement de notre région sans passer par des questions adressées sur les réseaux sociaux. Des questions bien connues pour alimenter l'exaspération de certains Guyanais, las de ces clichés.

Pourtant, il faut bien l’admettre, ainsi que la souligné l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) dans l’un de ses rapports : l’inexistence de transports dignes de ce nom représente un frein véritable à la venue des soignants. « Il est aujourd’hui impossible pour un professeur de se rendre à Saint-Laurent pour y donner un cours et être de retour dans la journée » prend pour exemple Clara de Bort.

Ainsi, la question de la création d’une ligne aérienne quotidienne entre chef-lieu et la préfecture de l’Ouest a déjà été largement abordée par la précédente équipe territoriale en place. Ce point qui était à l’ordre du jour n’a cependant, cette fois, pas été débattu.

Si on sait que sa vocation première sera plutôt de transporter les malades en besoin d’évacuations sanitaires plutôt que de transporter du personnel en déplacement, la question de savoir si elle sera prise en charge par l’aviation civile -et donc une compagnie aérienne- ou plutôt par l’armée reste encore à être définie. Une autre enveloppe budgétaire qui devra être probablement chiffré en comité de pilotage.

Rappelons simplement que la dimension très conséquente de ces investissements devraient se traduire par des économies d’échelles des plus concrètes : celle de réduire les évacuations sanitaires hors de notre territoire, qui aujourd’hui se chiffrent à rien de moins que 15 millions d’euros par an.
Pour en savoir plus :

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6 commentaires

Vos commentaires

gerard 05.08.2021
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g6d 05.08.2021

Même le "grand" docteur Bellony, si prompt à donner des leçons à la Guyane, n'organise que des safaris médicaux et se garde bien de venir exercer en Guyane. Alors qui viendra, en dehors de médecins diplômés à l'étranger souhaitant travailler en France ?

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Benkwa973 05.08.2021

"L’un des rares aspects positifs que l’on retiendra du Covid demeure la prise de conscience par les pouvoirs publics de la dimension de l’urgence sanitaire, particulièrement en Guyane."
C'est quand dingue d'écrire cela pour la Guyane au vu de l'inconséquence locale vis-à-vis de la situation sanitaire.
Classique guyanais : on se plaint d'être le parent pauvre mais on veut rien changer à ses mauvaises habitudes...

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g6d 04.08.2021

Il faudra rendre intéressant de travailler en Guyane. Les bons professionnels exigent de bonnes conditions de travail avec des collaborateurs motivés et compétents. De plus il leur faut du matériel adapté. Les salaires ne sont qu'un élément parmi d'autres. Je ne suis pas certain que la Guyane sera suffisamment attractive pour attirer des professionnels qualifiés

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Paassy 05.08.2021

Les gens compétents ne sont pas les bienvenus en Guyane, ils gênent les incompétents qui se font passer pour des pointures et organisent leurs petits réseaux.
L’hôpital de Cayenne est malheureusement le terminus pour tous ceux dont on ne veut pas ailleurs, par manque de compétences ou de fautes commises, et il y a beaucoup de Guyanais parmi eux. Ils disent revenir en Guyane parce que le péyi leur manque mais c'est en fait parce qu'ils sont tricards ailleurs.
C'est une des raisons de la mauvaise qualité chronique des soins chez nous.

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Miroslav 05.08.2021

Féroce !!

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