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Politique/Société

A Saint-Laurent, une marche joyeuse pour la dignité des peuples autochtones

Samuel Zralos Mardi 9 Août 2022 - 16h42
A Saint-Laurent, une marche joyeuse pour la dignité des peuples autochtones
Le drapeau des six nations amérindiennes de Guyane flotte dans les rues de Saint-Laurent lors de la marche pour la dignité organisée mardi 9 août 2022. - SZ

Un cortège de manifestants a parcouru la capitale de l'Ouest ce matin, pour rappeler à l'occasion du 9 août les revendications portées par les Amérindiens de Guyane depuis près de quarante ans.

Ils sont encore quelques dizaines, à pied ou en voiture, à remonter la route de Saint-Jean, en direction du village Pierre puis d'Espérance, ce mardi vers 10 heures. Éparpillés en petits groupes, ils entravent la circulation sans la bloquer complètement, laissant les voitures passer par la chaussée ou faire demi-tour pour prendre une route alternative. 

En tenue traditionnelle ou en T-shirt frappés d'un logo « journée internationale des peuples autochtones », ces Amérindiens parcourent déjà les rues de Saint-Laurent depuis 6h45 du matin. D'abord rassemblés sur le rond-point, ils ont convergé vers la mairie puis vers la sous-préfecture, pour remettre aux autorités une « motion générale des peuples autochtones de Guyane ».
« Ne pas oublier que nous sommes en lutte »

Le contenu de ce pamphlet n'est pas nouveau : autonomie, reconnaissance accrue des peuples autochtones, restitution par l’État des terres - une promesse réitérée en 2017, sans effet - de façon « inaliénable, incessible, incommutables et indissociable » et respect des droits des peuples autochtones et les accords internationaux comme la ratification de l'article 169 de l'organisation international du travail. Il s'agit pour les manifestants de maintenir une pression sur le moyen terme, de souligner l'actualité de leur engagement. 

Le but est aussi de ne pas laisser le 9 août ne devenir qu'une journée de célébrations, vidée de son sens politique.
« C'est bien de faire la fête mais il ne faut pas oublier que nous sommes en lutte pour nos droits », assène un activiste à la chevelure grisonnante, le regard clair et déterminé. D'où un parcours particulier de la manifestation, qui après un tour du centre-ville et des administrations, part vers le village Pierre puis Espérance, tandis que certains se dirigent vers Couachi, sur la commune de Mana. Soit les villages qui ont fait le choix de célébrer leurs traditions le 9 août plutôt que de revendiquer. 
Un accueil en demi-teinte

« Ces revendications, je les connais depuis longtemps », commente Sophie Charles après avoir remis la médaille de la ville aux yopoto (chefs) présents. « Les demandes ne sont pas du pouvoir des élus locaux », rappelle madame le maire de Saint-Laurent, qui se dit toutefois « prête à accompagner » les doléances et à « avancer ensemble » avec les représentants des six nations autochtones de Guyane. Elle estime de son devoir d'élue « d'accueillir ces doléances et de les prendre en compte ».

Du côté de la sous-préfecture, la réception est bien plus légère : la cheffe du bureau de l'immigration, de la sécurité et de la police administrative fait face seule aux manifestants pour un échange très rapide. Le sous-préfet « s'excuse de ne pas être là », affirme la représentante de l’État, qui assure que les revendications lui seront remises et qu'il y aura par la suite des « réflexions » de la préfecture, sans plus de précision.

Pas de quoi décourager Christophe Yanuwana Pierre, venu en soutien. « Nous, notre responsabilité c'est d'apprendre aux générations qui nous succèdent que le combat continue », clame l'ancien candidat à la dernière législature, soutenu par le nouveau parti anticapitaliste, le parti communiste et Europe écologie-Les Verts. Il voit dans cette marche l'occasion « d'échanger », avant l'organisation en octobre prochain d'un rassemblement des six nations*, dans un lieu encore indéterminé.

*Les six nations amérindiennes de Guyane sont : Teko, Lokono/Arawak, Wayana/Apalaï, Palikweneh, Kali'na, Wayapi/Wayampi.

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2 commentaires

Vos commentaires

BELLOD 10.08.2022

La République est polie mais assez peu intéressée par ce genre de revendication des perdants de l’histoire. Et d’ailleurs, quand une «motion générale des peuples autochtones» se voit ainsi résumée à une sorte de «pamphlet»… On comprend vite que dans l’esprit de beaucoup, la cause des peuples autochtones ne dépasse guère le stade du simple folklore politique local.

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Paassy 11.08.2022
Indifference coupable

Oui...
Et que dire et penser de la classe politique locale, qui ne s'est jamais emparé de cette cause pour lui donner plus de chance d'avancer dans ses revendications on ne peut plus légitime ?
Une poignée d'amérindiens faisant face à l’État rouleau compresseur, cela n'a jamais suscité le moindre élan de soutien de la part d'une société qui sait pourtant faire bloc pour défendre les siens contre l’État.
Il y a indiscutablement un gouffre entre les peuples autochtones de Guyane et le reste de la population, tout comme entre Kanaks et caldoches en Calédonie.
Sauf qu'en Calédonie, les autochtones ont des élus qui leur donnent un appui et une représentation politique.
En fait, les amérindiens de Guyane, leurs paroles et même leur faible visibilité, rappellent cruellement à certains que cette terre n'est pas seulement une terre d'immigration, que l'histoire Guyanaise ne commence pas avec la colonisation et l'esclavage, et que le droit européen et le droit international consacrent un arsenal juridique considérable en faveur de ces peuples, qui n'est toujours pas mis en place et en action en Guyane.

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