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JUSTICE

Auplata Mining Group fait appel de la décision de cessation de leur activité

Ayodele GERMA Jeudi 14 Octobre 2021 - 15h12
Auplata Mining Group fait appel de la décision de cessation de leur activité
Guillaume Leclerc, directeur d'Auplata Mining Group

 En 2015, Auplata Mining Group a cessé la production par gravimétrie sur le site “Dieu Merci”, dans la commune de Saint Elie. La société a construit une usine pour extraire l’or avec le procédé de lixiviation à base de cyanure, un procédé plus rentable.
Par une décision du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Cayenne a annulé, sur le fond, les deux arrêtés préfectoraux autorisant la société Auplata à exploiter non seulement l’usine de séparation gravimétrique d’or primaire mais aussi, l’usine de traitement du minerai aurifère avec le procédé de lixiviation par cyanuration. Un coup dur pour l'entreprise aurifère. 
Interview de Guillaume Leclerc, directeur d'Auplata Mining group. 

Environ 70 % de la totalité du cyanure de sodium produit dans le monde est utilisé pour l'extraction de l'or selon les chiffres de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques. Qu’est qui a motivé votre choix pour l'utilisation de cette technique ?
Aujourd'hui, c’est la technique la plus fiable la plus encadrée pour l’industrie aurifère dans le monde. Lorsqu’on utilise un procédé gravimétrique, on déplace des tonnes et des tonnes de terres pour récupérer 35 à 40% de l’or contenu dans le minerai. Sur la base de Dieu Merci, nous utilisons les rejets gravimétriques des exploitations précédentes. Grâce au procédé technique de la lixiviation par cyanuration, nous récupérons 75 à 80% de l’or contenu dans le minerai. On a besoin de moins de terre pour récupérer plus d’or, elle donc moins impactante. C’est un point positif.

 AMG respecte-elle toutes les normes écologiques prescrites par la loi ?
 C’est notre combat. Aujourd’hui Luc Gérard a racheté la société Auplata pour la transformer en AMG. C’est un groupe lambda qui est devenu un groupe international, certes junior mais qui est en train de passer un gap technologique pour ramener la France dans le giron des nations minières. Le cheminement technologique du passage de l’exploitation minière artisanale, à l’exploitation minière industrielle a un temps. Ce temps-là n'est pas celui de la nature, n’est pas celui de la justice. Mais aujourd’hui, suite aux audits réalisés par la DGTM (Direction Générale des Territoires et de la Mer) qui est notre autorité de régulation, même si nous ne sommes pas les meilleurs du monde, nous essayons de respecter à 99% ce qui nous est demandé.
Depuis 25 ans, une trentaine d’accidents liés aux résidus cyanurés ont été répertoriés, notamment chez notre voisin brésilien. Comment AMG se prémunit-elle de ce type d’accident ?
Nous n’appliquons pas les mêmes règles qu'au Brésil. Nous sommes 20 fois inférieurs aux normes françaises de rejet de cyanure. Le rejet est quasiment incolore et indolore. Le même type d’usine en Finlande, fait 6000 tonnes par heure, nous faisons 300 tonnes par heure. Je ne pense pas que la Finlande soit le plus mauvais exemple entre termes d’amour de la nature.
J’ai une femme, j’ai une enfant et je ne me lève pas le matin pour dire que je vais détruire la terre qui les abrite. Nous travaillons pour avoir le moins d’impact possible. C’est notre objectif.
Suite à cette décision du Tribunal Administratif, plusieurs dizaines de postes risquent d’être supprimés. Que deviennent vos salariés ?
Le premier drame est là. On a 90 familles qui vivent sur ce projet. On a 350 fournisseurs qui tournent autour de la filière du projet Auplata.  A ce jour, nous avons investi plus de 8000 heures de formations pour ne pas aller chercher de la compétence à l’étranger, pour ramener de la compétence en Guyane. Je me souviens du regard de certains de nos salariés qui ne comprenaient pas. Ils ont pris des crédits, des engagements, ils ont des familles. Ils ont cru en ce projet.
Le site “Dieu-Merci” se trouve à 5 kilomètres en amont de la Réserve Naturelle Nationale de la Trinité, 3ème plus grande réserve naturelle terrestre de France. Comprenez-vous les inquiétudes des écologistes ?
Nous faisons tout ce qui est techniquement possible pour limiter notre impact sur cette zone. L’action a été intentée par les associations Guyane nature environnement et France nature environnement. Je les ai rencontré pour la première fois au tribunal. Pourquoi ne sont-elles pas venues nous voir pour travailler ensemble. Pourquoi sommes-nous dans une écologie punitive?
Je me pose la question de la légitimité de ces gens qui se lèvent pour dire “ moi je sais ce qui est bon pour la Guyane”. Est-ce qu’ils ont une légitimité technique? Moi je ne suis pas Guyanais, mais je vis de la Guyane. Mais je ne vais pas venir dicter ce qu’il faut y faire .
France Nature Environnement et Guyane Nature Environnement ont obtenu gain de cause. La revégétalisation tardive, hors délai des sols, était pointée du doigt. La réglementation impose à l'industriel de replanter 40 % des zones détruites. Où en êtes-vous ?
Nous avons changé de société, une nouvelle direction, une nouvelle vision, mais toujours sur le même projet et le même lieu.
Dans les années 90 il y a eu des mines qui n’ont pas été exploitées de manières vertueuses. Nous avons l'ambition d'être une mine responsable. La revégétalisation a un coût entre 6000 à 7000 euros par hectare. Nous avons une pépinière qui a été lancée sur le site, nous travaillons avec la société Solikaz et poursuivons l'action. Nous avons eu nos pépinières au mois de mai 2020, nos graines ont été plantées l’année dernière. ça représente 20 000 pieds sur 15 hectares. Nous prévoyons de revégétaliser 20 hectares par an. Pour l’instant nous avons couvert 10% de la surface concernée. Nous ne sommes pas hors délais, nous avons encore 5 ans pour atteindre le quota prévu.
Par la décision du 30 septembre 2021, le tribunal administratif de Cayenne prononcé la cessation de vos activités. Selon le TA,  l'ancienne direction d'Auplata n'aurait pas respecté le délai de 3 ans, à compter de l'arrêté de novembre 2015, pour la mise en service de l'usine de "Dieu Merci". Allez-vous faire appel ?
Oui, le dossier a été déposé à la Cour administrative d’appel de Bordeaux, en charge des Outre-mer. Ce sera fait dans les prochaines semaines. Nous avons contesté la décision de caducité des arrêtés préfectoraux de 2015, car nous avons expliqué que la mise en fonctionnement de l’usine était bien effective à cette date-là.
Comment l’orpaillage clandestin impacte-il votre activité? 
Nous dépensons plus de 120 000 euros par mois pour la sécurisation du site. Nous travaillons avec la gendarmerie et l’armée, et sommes une source de renseignement et une base logistique pour les aider à se déployer en vue de sécuriser cette zone de la commune de Saint Elie. La pression de l’orpaillage illégal est là. Ceux qui ont l’occasion de survoler le site de Dorlin, que nous n'occupons plus, pourront vous dire dans quel état il est. Il ne se passe pas une semaine sans que nous interceptions des passages de matériels et de fioul.

Aujourd’hui nous sommes dans une tendance plus éco-responsable. Et avec les associations de défense de l’environnement, je pense que nous pouvons réussir à travailler ensemble, pour récupérer les 10 tonnes d’or qu’il nous manque à la fin de chaque année.

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