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OUEST

Vivre avec l’orpaillage clandestin au quotidien sur les rives des territoires intérieurs

Véronique NORCA Lundi 24 Août 2020 - 07h16

Reportage à Apagui, sur le Haut-Maroni, où le quotidien est largement impacté par l'orpaillage clandestin.

 En remontant le Haut-Maroni, les faits divers concernant l’orpaillage vous viennent tout de suite à l’esprit. La semaine dernière encore, une « importante saisie » a été faite du côté de l’Oyapock (voir notre article). On pense à l’orpaillage clandestin qui empoisonne le fleuve, la forêt et les êtres humains.

Bien sûr, les garimpeiros, on ne les croise pas sur l’eau (en tout cas pas en pleine journée). Ils savent éviter les grands axes fluviaux et se déplacent en quad à travers la forêt, sur les sentiers qu’ils ont eux-mêmes tracés.

Et puis il y a l’orpaillage légal côté surinamais qui fait sa part, tout aussi néfaste.

Cependant, tout rappelle que quelque chose ne va pas sur les veines de ce diamant vert qu’est l’Amazonie. Nul besoin de s’enfoncer haut sur le fleuve. Non loin d’Apagui, à environ deux heures de pirogue de Saint-Laurent : une sacrée saignée dans la forêt. Il y a juste un trou béant bordé de gigantesques monticules de sable. On ne sait pas ce qu’il s’y passe, mais on l’imagine. Il y a aussi ces barges bien alignées le long de la rive, dont les énormes moulins brassent le fond de l’eau pour faire remonter quelques pépites scintillantes.

C’est assez impressionnant à voir, toute cette force motrice entrainée par des groupes électrogènes alimentés au gasoil : pollution en vue. Parfois, on aperçoit des familles, dont l’espace de vie est aménagé au-dessus de la barge. Il ne s’agirait que des garimpeiros, ça serait trop simple ! La misère sociale et économique est l’un des moteurs de ce marché.
Plus de 50 000 € le kilo d'or
Au niveau de Providence, un orpailleur surinamais s’arrête pour échanger un peu avec des piroguiers français. Il explique qu’aujourd’hui, le kilo d’or se monnaie à plus de cinquante mille euros (52 943,90 € cours banque de France) et que le mois dernier il en a gagné soixante mille, après plusieurs mois de travail dans des conditions extrêmes. De quoi mettre sa famille à l’abri un moment.

Le coût de la vie a grimpé en flèche depuis le début de la crise sanitaire. Le prix du couac, l’aliment de base, a presque doublé en six mois. Alors, l'orpailleur surinamais explique qu'il travaille pour un "Chinois", qui a une grande concession un peu plus haut sur le fleuve.

Il lui fournit tout le matériel, la pirogue et le paye quatre cent euros pour le transport de marchandises. C’est bien inférieur au prix classique, mais il n’a ni papiers, ni diplômes, alors il prend ce qu’on lui donne. Heureusement avec la revente de l’or, il va pouvoir souffler un peu.
Le lit du fleuve change

Si l’orpaillage est une manne économique pour les populations du fleuve, le problème, c’est que ça dégrade aussi leurs conditions de vie. Pas besoin d’être expert pour s’en rendre compte.

D’abord, il y a la couleur de l’eau, jaunâtre, opaque et nauséabonde par endroit. Il y a de grandes quantités d’hydrocarbures qui flottent à la surface, mélangées au mercure et autres produits toxiques.

Une étude intitulée « Le mercure en Amazonie », menée par Jean-Pierre Carmouze,  Marc Lucotte et  Alain Boudou et publiée chez IRD éditions, fait état des effets néfastes de l’exposition aux vapeurs de mercure, chez les populations vivants à proximité des lieux d’extraction. « Les symptômes classiques relevant de la contamination par des vapeurs de Hg0 se manifestent dans le système nerveux central et les reins ».

Or, le fleuve, c’est la source première de subsistance : les gens s’y baignent, y lavent leurs vêtements, utilisent son eau pour cuisiner, y pèchent leur poisson. Pourtant, cette eau est clairement empoisonnée, et ce jusqu’en pays Wayanna. A quelques minutes de pirogue de Maripasoula, un capitaine amérindien explique que consommer le poisson du fleuve le rend malade certaines fois.

Ensuite, il y a le lit du fleuve qui change, avec les barges mobiles et/ou les forages sur l’autre rive. Conséquence directe pour les piroguiers : la modification des voies fluviales. Naviguer sur les fleuves n’est pas chose aisée, il y a comme des chaînes de rochers au fond de l’eau et lorsqu’ils dépassent à la surface, ils forment des sauts. Les piroguiers connaissent par cœur les passages à emprunter pour éviter les impacts avec ces rochers. Mais avec le sable qui tapisse en couches successives les fonds, il est plus difficile de passer à certains endroits. Les courants et les niveaux d’eau sont modifiés. La traversée en devient plus périlleuse et plus longue.

Enfin, il y a l’insécurité sous deux aspects :

• La criminalité : les orpailleurs clandestins se déplacent armés et entretiennent un climat de peur contre lequel les populations n’osent pas se rebeller (pollution, tapage nocturne, prostitution). Essayez de dormir à Maripasoula ou Grand Santi, quand en face, la musique des bars qui les accueillent, bat son plein jusqu’à trois heures du matin. Ça résonne jusqu’au fond des villages, faisant vibrer les murs des maisons.

• L’économie du quotidien : le niveau de vie ne cesse d’augmenter artificiellement de par la présence des orpailleurs et des fonctionnaires, qui ont des moyens beaucoup plus élevés que les locaux. On dira que c’est la loi de l’offre et de la demande, mais lorsqu’une bouteille d’eau et un sac de farine vous reviennent à près de huit euros à Taluen et Twenké, c’est difficilement défendable.

Quelle serait la solution ? La question reste posée, mais la réponse sera bien plus complexe que la planification de quelques « opérations harpie ».

Pour en savoir plus :

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11 commentaires

Vos commentaires

yoyop973 24.08.2020
Que peut faire l'état et surtout l'UE

Si la France et L'Union Européenne se souciaient un minimum de la Guyane ils auraient pu mettre en place la seule solution efficace à mon avis un EMBARGO sur certains produits brésiliens . Vous auriez vu des résultats spectaculaires! D'ailleurs les brésiliens quand vous aurez venez brûler notre fôret comme vous avez tout les droits ici et que c'est vous qui faîtes la loi dans notre propre fôret...

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seu otário 24.08.2020

peut-être que les Amérindiens gênent la petite musique des komités indépendantistes créoles...

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seu otário 24.08.2020

au lieu de vouloir faire le boulot de l'armée malienne au Sahel, Macron devrait s'occuper à la neutralisation des empoisonneurs de Guyane dont les crimes n'ont rien à envier aux djihadistes. Un MQ-9 Reaper muni d'une paire de "hellfires" devrait suffire à faire le taf

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Nicolas Hory 24.08.2020
Cela coute combien ????

Achat du bidule 15M€, et 6K€ l'heure de vol.
Pas donné la bagatelle !!!!

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Laurent du maroni 25.08.2020
Opex 360

Sur Opex360 vous avez un bon débat à ce sujet. En gros, la France n'a pas beaucoup de drones, ils coutent un bras et nous sommes très tributaires des américains pour leur utilisation (ils nous les prêtent régulièrement). CQFD "C'est plus important de les mobiliser contre le djihadisme que pour qqs pelés opportunistes perdus au milieu des bois"

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RAF973 24.08.2020

C'est assez lamentable et surprenant qu'un pays comme la France n'arrive pas à régler ce drame, car c'est dramatique. Il faut arrêter d’être gentil avec les orpailleurs, couler les barges sans l'avis du Suriname, c'est bon la maintenant ! Arrêter la stratégie de casser la logositque. Ca fait 15 ans qu'on nous parle de cette stratégie, elle ne fonctionne pas et c'est de pire en pire. A situation exceptionnelle, remède exceptionnelle. Ça relève de l’État et en la matière il a failli. Il faut maintenant sortir le bâton et arrêter avec les beaux principe des droits de l'homme. Des citoyens français sont empoisonnés par des envahisseurs !!!! Quand va-t-on réagir pour de vrai ????

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Laurent du maroni 24.08.2020
Que peut faire l'Etat ?

Je suis vraiment attristé par cette situation mais que peut faire l'Etat de manière objective ? Le gouvernement surinamais et favorable à l'orpaillage et même si nos relations se sont améliorées il n'a pas peur et ni suffisamment besoin de la France pour vouloir factuellement que la situation change. D'autre part l'utilisation de l'argent public en Guyane est plus priorisée dans d'autres domaines sanitaires et sociaux qui concernent des populations plus importantes (numériquement). Je pense que l'Etat fait un minimum pour limiter l’hémorragie car il sait qu'il n'a pas d'autres remèdes. Les solutions ? Peut-être qu'une partie de la population locale arrête de pactiser avec le "diable orpailleur" ? Peut-être que la France "prête" de l'argent au Suriname qui en nécessite beaucoup et cela en échange d'une convention par rapport à l'utilisation du Maroni ? Peut-être que le futur Capitaine de la CTG soit plus vert (c'est mal barré !) Bref. Facile de critiquer la France mais pas facile de trouver des solutions tenables

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RAF973 24.08.2020

Bonjour
Je ne pense pas que nos lois, c'est à dire celles d'un état de droit, soient adaptées face à une telle situation. Nos lois ont été pensée pour la métropole et fonctionnent plutôt bien dans l’hexagone. La on est face à un phénomène qui nous dépasse complétement. Nous devrions être en capacité de déclarer une sorte de "guerre" car ce sont des citoyens français qui sont empoisonnés (INACCEPTABLE !!!!) , sans parler des dégâts sur l'environnement. Malheureusement ,sans la manière forte le phénomène sera encore la pendant longtemps.

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Affreux Jojo 25.08.2020

Après validation par référendum local, nous pourrions (re) créer une zone spéciale sur l'intérieur, où l'armée aurait des pouvoirs étendus, à définir.

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Garimpo 24.08.2020

Silence assourdissant de nos élus, du fleuve comme du littoral...
Silence assourdissant de nos kolektifs, grands défenseurs de la Guyane.
Cela arrange bien l’état. L’état compose...

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