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LITTÉRATURE

Saül et les poussières d’or

O.Z Jeudi 2 Décembre 2021 - 15h03
Saül et les poussières d’or

Après la période esclavagiste et l’époque précoloniale, Marie-George Thébia, auteure et professeur d’histoire s’intéresse au début du XXème siècle. Saül et les poussières d’or, son dernier roman jeunesse, impeccablement illustré par Olivier Copin, nous plonge, à travers le destin d’un jeune Saint-Lucien, dans une Guyane sur laquelle vient de s’abattre la fièvre aurifère.

 La série s’appelle « Mes romans de Guyane ». Elle aurait tout aussi pu s’appeler « Mes héros de Guyane ». En signant pour cette collection d’ouvrages chez Plume verte à destination du jeune public adolescent et pré-adolescent Marie-George Thébia avait d’emblée affiché ses ambitions : se mettre à hauteur d’enfant pour raconter l’histoire de la Guyane. C’est comme cela que sont nés de nouveaux héros auquel le jeune public n’a aucun mal à s’identifier. Il y a eu Copena, jeune esclave qui va marronner, puis Aïyana, intrépide Wayana qui sauvera son village. Voici désormais Saül.

Le jeune garçon, originaire de Sainte-Lucie, a suivi ses parents en Guyane, là où la mer n’est pas bleue, mais où l’herbe semble plus verte. Là où, surtout, l’or s’est mis à briller dans tous les yeux depuis la découverte de riches gisements. En Guyane, l’or est, paraît-il, à portée de tous. Le point de chute de la famille sera le village de Saül. Parce que ce coin de terre niché au cœur de la Guyane, porte le même nom que son fils « un signe ! » dira le père les yeux remplis d’espérance.

Nourri par le rêve de son père, Saül raconte son quotidien : les jours de labeur à la recherche du précieux métal, les compagnons d’infortune, la solitude aussi, la faim parfois. Et même si cette quête de l’or lui prend sa mère, Saül continue de suivre ce père animé d’un fol espoir de fortune, garantie d’un retour au pays natal. Mais jusqu’à quand Saül continuera-t-il de suivre les rêves paternels ?

En dehors de la thématique centrale de l’orpaillage en Guyane, le livre suit tous les codes de la littérature jeunesse : amitié, aventure, entraide, lutte contre des « méchants ». Mais ce qui fait la différence, c’est tout le talent de Marie-George Thébia qui, au gré des pages nous fait passer subtilement d’une émotion à l’autre d’un coup de plume qu’elle maîtrise parfaitement. Le tout en nous dépeignant avec moult détails la vie au début du XXème siècle.

De quoi rappeler à ceux qui l’auraient peut-être oublié que la terre de Guyane, riche de poussières d’or, s’est également nourrie de la sueur, du sang et des rêves d’hommes et de femmes venus d’ailleurs.


Marie-George Thébia : « Un écrivain peut changer certaines situations »
 
Vous terminez ici une trilogie pour la jeunesse. Qu’est-ce que cela vous a apporté d’écrire pour ce public ?

Avec ces romans, j’ai pu rencontrer un public que je ne connaissais pas. Les enfants sont sincères, cash… ça m’a donné confiance en moi et ça m’a confortée dans l’idée que l’écrivain pouvait avec les mots, avec le choix des thématiques qu’il aborde, changer certaines situations. Les petites filles sont ravies lorsque je parle d’Aïyana, qui grimpe aux arbres. Avec ce roman, qui est un roman féministe, je leur montre qu’il ne faut pas qu’elles restent dans un carcan édicté par les autres et qu’une petite fille peut être cheffe, astronaute, chirurgienne. Il faut, par l’écriture, et c’est le rôle de l’écrivain, inciter et montrer que c’est possible.
 
Vous êtes-vous inspirée d’un personnage réel pour créer Saül ?

Pas pour le petit garçon. Mais Monsieur Sahule, dont je parle dans le livre, a existé. C’était un orpailleur d’origine saintelucienne qui a fait fortune dans le filon de Bœuf Mort. C’est à côté que le lieu-dit de Saül s’est développé. C’était alors une place importante du monde de l’orpaillage et entre 2 000 et 3 000 personnes y vivaient. Saül et ses magasins étaient la référence pour les orpailleurs de la région qui n’avaient même pas besoin d’aller à Cayenne pour faire leurs courses. Et déjà à l’époque, il y avait le fameux fromager de Saül !
 
 Quels sont vos projets d’écriture ?

Je ne dis pas que je ne reviendrai pas à la littérature jeunesse, mais là j’ai envie de faire une pause. J’aimerais me prouver à moi-même que je peux passer à autre chose et m’emparer de sujets qui ne sont pas forcément confortables. J’ai envie de m’approprier des thématiques un peu plus actuelles sur mon pays. Je ne sais pas où ce désir me mènera. On va laisser faire le temps et surtout l’inspiration. Sans elle, il n’y a point d’histoire, point de roman et point d’écrivain !
Le coup de crayon d’Olivier Copin

 C’est Olivier Copin (Histoire de la Guyane, Manuel de la jungle, Les jeunes aventuriers…) qui signe les visuels de Saül et les poussières d’or. Installé en Guyane depuis 25 ans, habitué à croquer la forêt et les sites d’orpaillage, l’artiste a néanmoins dû adapter son coup de crayon afin de coller aux précédents ouvrages de la série.

« C’est mon travail de me plier au texte, à l’écrivain, explique Olivier Copin. Je l’avais déjà fait pour adapter le roman Atipa et en réalité, cela me passionne ! » Pour donner corps aux aventures du petit Saül, l’illustrateur s’est attaché aux détails, depuis les tenues des personnages, pantalon taille haute et bretelles pour les hommes, jusqu’aux boîtes de conserve sur les étagères.
 
 
Morceau choisi

« Papa est triste, on n’a rien trouvé depuis trois jours et le garde-manger de notre petite case est vide, il ne reste que du kwak… et devinez quoi ?

Papa travaillait avec d’autres hommes venus comme lui de Sainte-Lucie. Il y avait aussi des coolies avec leurs cheveux fins et brillants et quelques femmes. Pieds nus dans la glaise et la boue, elles transportaient des cailloux, creusaient des canaux, piochaient, soulevaient de la terre rouge des placers du matin au soir. Maman faisait comme elles, mais avait appris à doser le vif-argent.

Les poussières d’or ! Quand on en trouvait, c’était la fête ! »
 
 

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